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Programme OmanSaM

publié le , mis à jour le

Les langues sudarabiques modernes en Oman
Université Paris VII / Université Paris 3 / CEFAS
Programme de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR)

Sabrina Bendjaballah (Coordinatrice, Cnrs), Julien Dufour (Université de Strasbourg), Philippe Ségéral (Paris 7), Antoine Lonnet (Cnrs), Rachid Ridouane (Cnrs), Clément Plancq (Cnrs), Angélique Amelot (Cnrs), Ur Shlonsky (Université de Genève).
Responsable du projet pour le CEFAS : Julien Dufour


Le projet est consacré au mehri d’Oman et au jibbāli, langues sudarabiques modernes (SaM, famille sémitique), parlées en Oman. Deux raisons le motivent : i) ces langues sont menacées de disparition : minoritaires, sans statut officiel, ii) elles sont sous-étudiées et, de ce fait, minorées en sémitique.
Le projet s’inscrit dans une tradition française ancienne puisque c’est le consul de France F. Fresnel qui en 1837 fit connaître l’existence des langues SaM.
Le projet a deux objectifs :
1. Documentation : actualisation et accroissement des données disponibles en mehri d’Oman et jibbāli ; constitution de corpus électroniques systématiques, qui seront stockés, archivés et mis à la disposition des chercheurs.
2. Analyse linguistique, centrée sur quatre points : phonétique / phonologie du larynx ; structure morphologique du système verbal ; détermination et modification du nom ; dialectologie, comparatisme. Ces points ont été sélectionnés en raison de a) l’insuffisance actuelle de leur description et analyse, b) leur pertinence pour la théorie linguistique, c) leur aspect fédérateur dans l’équipe.
La compréhension des activités glottales impliquées en SaM dans les éjectives (qui combinent éjectivité, pharyngalisation, creaky voice, sonorisation, déplacement du point d’articulation) et les non- voisées non-éjectives, aux propriétés phonologiques intrigantes, éclairera tant la phonologie des langues étudiées que la phonétique générale.
Sur la base des paradigmes verbaux actualisés du mehri d’Oman, on mettra au jour les mécanismes sous-jacents à deux caractéristiques déroutantes du système verbal : absence de Formes II-III et labilité de la voyelle thématique. Ceci est la clé d’une compréhension correcte de la structure du système verbal mehri et, au-delà, du statut des gabarits dans la grammaire.
La détermination du nom et l’état construit en mehri et jibbāli sont encore mal connus. L’article défini, absent du mehri du Yémen, prend des formes diverses suivant les dialectes omanais où il est attesté. Il existe en jibbāli, mais ses réalisations de surface sont complexes. Il s’agira de préciser ses réalisations phonétiques, sa représentation phonologique, son statut syntaxique.
Ces trois domaines sont étroitement liés : la compréhension de la réalité phonétique et des effets phonologiques de l’activité glottale est un préalable nécessaire à l’élucidation du comportement phonologique des préfixes verbaux comme du statut phonologique et syntaxique de l’article.
Enfin l’étude méthodique de la variation dialectale en SaM sur les points précédents, encore floue, alimentera le débat comparatiste à trois niveaux : structure du SaM, du sud-sémitique, du sémitique. Sur le plan des ressources humaines, le projet rassemble des linguistes travaillant sur le SaM au sein de plusieurs institutions en France, ainsi que des spécialistes reconnus des langues sémitiques et plus généralement afroasiatiques. Les principaux domaines linguistiques sont couverts, plusieurs cadres théoriques représentés, ce qui assure au projet une synergie fructueuse. L’objectif est de faire exister un réseau dynamique de spécialistes des langues SaM, bien visible au niveau international.

Outre diverses communications, publications dans des revues de référence et organisations de conférences, trois livrables sont programmés :
• un corpus électronique de données linguistiques en mehri et jibbāli
• un ouvrage sur le système verbal mehri
• un n° spécial de Arabian Humanities sur l’apport du SaM au comparatisme sémitique

Julien Dufour a effectué deux missions en Oman, la première du 4 au 30 janvier 2015, la deuxième du 28 décembre 2015 au 17 janvier 2016. Elles ont principalement été consacrées à un travail sur la morphologie verbale du jibbali avec M. Amer al-Kathiri, locuteur du dialecte oriental. Plus le travail avançait, plus devenait évidente à la fois la grande complexité de la morphologie de cette langue et son étroite correspondance avec celle des autres langues SAM. Le projet a donc été conçu en partenariat avec M. al-Kathiri de produire un ouvrage faisant le point de la façon la plus exhaustive possible sur la conjugaison jibbalie. Une telle étude est essentielle pour la compréhension de la phonologie de la langue, mais également pour le comparatisme sudarabique moderne, donc sémitique. Ce projet s’articule bien sûr à la base de données morphologique OmanSaM, qu’il contribue à enrichir. Une première estimation permet d’évaluer qu’un peu plus de 400 paradigmes seraient nécessaires pour faire le tour de tous les sous-types de verbes (compte non tenu de la morphologie du passif et des formes spéciales employées avec pronom objet suffixé). Dans l’état actuel d’avancement du projet, plus de 80 paradigmes ont déjà été recueillis. Ils permettent de mettre en évidence nombre de faits jusqu’ici passés inaperçus et dont certains remettent en cause plusieurs idées reçues sur la place du sudarabique moderne dans la famille sémitique. La morphologie des schèmes verbaux quadrilitères, en particulier, a réservé un certain nombre de surprises ; elle éloigne le sudarabique moderne de l’éthiopien et le rapproche de l’akkadien, bien que l’interprétation à donner à ce résultat reste à déterminer. Des résultats de cette réflexion comparatiste ont été présentés aux Rencontres sabéennes de Pise (18-20 juin 2015) et vont l’être à l’université de Turin (21 mars 2016).

Cette meilleure connaissance de la morphologie jibbali éclaire le reste du sudarabique moderne. Il est désormais possible de prouver que le soqotri a connu dans sa préhistoire un accent de mot correspondant de très près à celui du mehri et du jibbali, et que sa morphologie initiale est très comparable à celle des autres langues du groupe jusque dans le détail. Ces résultats ont fait l’objet de deux communications de Julien Dufour (Groupe linguistique d’études chamito-sémitiques, Paris, 21 mai 2015 ; journées d’études OmanSaM, Strasbourg, 9 octobre 2015). Les conséquences en sont développées dans une présentation d’environ 70 pages, déjà rédigée et actuellement en cours de relectures.

Un travail sur la phonologie du jibbali a également été conduit en janvier 2016 par Julien Dufour avec M. Adnan al-Mahri, locuteur du dialecte central du jibbali. Il confirme (comme l’avaient également confirmé auparavant des contacts plus informels avec des locuteurs) que l’existence de voyelles longues non notées par Johnstone n’est pas une particularité du dialecte oriental mais doit être considérée comme constitutive de la phonologie du jibbali dans son ensemble, dont un aspect capital n’est ainsi pas reflété par la transcription employée dans les ouvrages de référence. Ce point ainsi que d’autres (effet des consonnes liquides, des gutturales, des sourdes…) fait l’objet d’une présentation de la phonologie du jibbali dont quarante pages ont déjà été rédigées et qui devrait à terme représenter une étude d’une soixantaine de pages.

Un aspect important de la morphologie nominale (jibbali et mehri) a également été étudié par Julien Dufour, surtout à partir des données de Johnstone mais également sur la base d’un travail préliminaire avec M. Adnan al-Mahri (locuteur du mehri et du jibbali). Ce travail, concernant les noms de schème CVCC, est complémentaire de celui mené par Radwa Fathi sur la morphologie nominale du mehri. Il permet de réduire largement le désordre qui semble régner pour les noms de ce type aussi bien lorsqu’on compare entre elles les langues sudarabiques que quand on cherche à les comparer au reste de la famille sémitique. Cette étude a fait l’objet d’une présentation au Groupe linguistique d’études chamito-sémitiques (Paris, 28 janvier 2016).

Le numéro 5 des Arabian Humanities, est en partie consacré à ce projet (« Nouveaux accents de la poésie dialectale en péninsule Arabique ») : http://cy.revues.org/2952

Pour en savoir plus : http://omansam.huma-num.fr/