Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales

Nos tutelles

CNRS


Rechercher



Accueil > Accueil : Français > Informations & Liens > Parutions

Poétique de l’éloge. Le panégyrique dans la poésie d’al-Ahtal
Mohammed Bakhouch, IFAO, 2015

publié le

Art séculaire et bien vivant aujourd’hui, le panégyrique [madīḥ] n’a pas suscité beaucoup d’intérêt parmi les chercheurs. Pourtant, l’analyse des madīḥ-s, datés et authentiques, du célèbre « chantre des Umayyades », al-Aḫṭal [m. 710] montre que loin d’être un simple portrait flatteur et surfait de l’homme de pouvoir ou du dignitaire, le panégyrique, en érigeant le dédicataire [mamdūḥ] en modèle, devient de facto le réceptacle des valeurs cardinales auxquelles adhère toute une société. La figure incarnée par le dédicataire est un idéal à atteindre et le discours poétique se charge de rappeler à ses récepteurs les valeurs qui en sont le fondement, contribuant ainsi à leur perpétuation.

D’autre part, le panégyrique mobilise la mémoire collective, réécrit inlassablement l’histoire de la communauté, et célèbre bruyamment ses nouveaux exploits.

Il est également un poème dans lequel s’exprime une vision du monde et un imaginaire fertile, nourris par des croyances et des mythes, désormais dégradés, dont l’origine remonte à des temps immémoriaux, et qui sourdent des topoi et des figures de style qu’il recèle (que l’on pense, par exemple, au récit du voyage dans le désert à dos de chamelle [raḥīl]).

Sur le plan de la structure, le poème de madīḥ se révèle être, non pas une juxtaposition d’éléments disparates, mais un ensemble organiquement uni, dans lequel différentes composantes (le prologue amoureux [nasīb], et/ou le raḥīl, et/ou la satire [hiǧāʾ]), sont, pour des raisons diverses, susceptibles de figurer. Leur présence, conditionnée par les circonstances de la composition ou de la performance, relève du seul choix du poète et d’un projet poétique intentionnellement conçu.

Enfin, considéré dans une perspective maussienne (voir l’Essai sur le don), le panégyrique s’inscrit dans le cadre d’un échange de dons. Motivé par la ḥāǧa [requête], il constitue le don par lequel le poète oblige son dédicataire.
-
As a centuries-old art still alive today, the panegyric [madīḥ] did not arouse much interest among scholars. Yet, the analysis of the madīḥ-s, dated and authentic, by the famous “bard of the Umayyads”, al-Akhtal [m. 710 A.D] shows that, far from being a mere flattering and superficial portrait of the man in power or the dignitary, the panegyric, by making the dedicatee [mamdūḥ] a model, becomes de facto the receptacle of the cardinal values on which a whole society agrees. The figure embodied by the dedicatee is an ideal to reach, and the poetic discourse is a reminder of its founding values, thus contributing to their perpetuation.

Besides, the panegyric mobilizes the collective memory, tirelessly rewrites the history of the community and celebrates loudly its new achievements.

It is also a poem in which a vision of the world is expressed, as well as a fertile imaginary, nourished by now degraded beliefs and myths, coming from immemorial times, and taking shape from the topoi and figures of speech it harbors (we can think, for example, of the desert travel on the back of a she-camel [raḥīl]).

In regard to its structure, rather than the juxtaposition of scattered elements, the madīḥ poem appears to be an organically united ensemble, in which various components such as the love prologue [nasīb], and/or the raḥīl, and/or the satire [hiǧāʾ] can be found, for various reasons. Their presence, conditioned by the circumstances of the composition or the performance, is both the result of the poet’s choice and of an intentional poetic project.

Finally, according to the Mauss perspective (see The Gift), the panegyric comes within the scope of an exchange of gifts. Motivated by the ḥāǧa [quest], it is a gift through which the poet obliges and compels his dedicatee.

Lien vers l’éditeur : http://www.ifao.egnet.net/publications/catalogue/