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Arabian Humanities No 9 - Appel à contributions / Call for papers

publié le , mis à jour le

Ce dossier thématique porte sur les transformations et les recompositions des formes d’identification à la nation dans une région caractérisée par les mobilités et les circulations transnationales, et au cours d’une période, de la guerre du Golfe à aujourd’hui, où ces dynamiques s’intensifient et brouillent, ou au contraire exacerbent, les sentiments d’appartenance.

This thematic issue deals with the transformation of national identifications in a region characterized by many transnational mobilities and circulations, and at a time — from the Gulf war till today — when these dynamics have intensified and are now blurring or exacerbating feelings of belonging.

DON’T MISS THE ENGLISH VERSION OF THE CALL AND THE BIBLIOGRAPHY RIGHT AFTER THE FRENCH VERSION OF THE CALL

Coordinatrices :

Anahi Alviso-Marino (CESSP/CRAPUL) et Marine Poirier (IREMAM/Sciences Po Aix)

Plutôt que d’interroger la notion d’identité, on cherchera à problématiser et conceptualiser celle, souvent « insaisissable » (Martin, 1994), d’identification. Dans la lignée des travaux de Rogers Brubaker et Frederick Cooper, on propose ainsi d’examiner l’artefact culturel que constitue le nationalisme (Anderson, 1983), en réfléchissant aux relations sociales, affinités et sentiments d’appartenance qui sous-tendent l’inscription dans un groupe ou une communauté (Brubaker, Cooper, 2000 : 19-21). On s’intéressera donc aux articulations entre réseaux de sociabilité et identités catégorielles, en observant comment les relations sociales affectent le sens et les formes d’identification à un groupe (Tilly, 1978).

À travers l’observation fine des processus de construction des nationalismes officiels et non-officiels, on se penchera sur des acteurs sociaux qui se situent entre la réalisation plus ou moins consciente de « produits culturels du nationalisme » inspirés par des idées patriotiques et la production de produits nationalistes officiels commandés directement par l’État ou « official artefacts » (Anderson, 1983). Ces formes de politisation d’objets et d’acteurs n’étant pas toujours volontaires ou conscientes, on s’attachera à interroger, à la suite de Lisa Wedeen, les dynamiques en jeu dans la production de « sujets nationaux ». Comment les discours nationalistes participent-ils à forger des individus « qui endossent (consciemment ou non, avec ferveur ou modération) leurs rôles de citoyens, de patriotes ou de simples membres d’un État nation » (Wedeen, 2008 : 64) ? Ces discours, ainsi que les acteurs qui les produisent ou les divers supports à travers lesquels ils peuvent se communiquer et se partager, nous intéresseront en tant qu’expression « d’idiomes de connexion affective nationale » (Wedeen, 2008 : 23). En ce sens, on retiendra les propositions d’article qui traitent de la problématique du nationalisme à travers l’étude d’objets, d’acteurs, de pratiques et de discours qui produisent des formes plurielles (orthodoxes ou hétérodoxes, dominantes ou marginales) d’identification à la nation.

Sans pour autant faire du nationalisme leur objet d’étude, nombre de travaux portant sur la péninsule Arabique ont déjà abordé ces questions en donnant à voir le politique « ailleurs » ou « autrement ». On pense ici aux enquêtes menées auprès de comédiens (Hennessey, 2014), de musiciens (Sebiane, 2007), d’artistes plasticiens (Alviso-Marino, 2015), de joyriders (Menoret, 2014) ou de citoyens « au quotidien » (Wedeen, 2008), qui questionnent de manière plus ou moins assumée l’ambivalence des rapports au politique. Dans cette perspective, on pourra par exemple explorer les formes variées de l’appartenance au groupe et à l’imaginaire national en se penchant sur les processus de construction étatique (Valéri, 2013) et plus généralement la formation de communautés politiques (Beaugrand, 2007 ; Louër, 2014), leur matérialisation dans l’espace urbain (Beaugrand, Le Renard, Stadnicki, 2013 ; Al-Nakib, 2016 ; Fuccaro, 2009 ; Kanna, 2011), dans les sociabilités et les modes de consommation (Assaf, 2013 ; Le Renard, 2014) ou encore dans les rapports au travail (Planel, 2008). On s’attachera alors à interroger les circulations transnationales et les hybridités identitaires, ainsi que les contraintes et les frontières qui encadrent les mobilités humaines, économiques et sociales dans la péninsule Arabique (Bonnefoy, 2011 ; Gruntz, 2012 ; Moghadam, 2013). Les articles pourront également traiter des enjeux liés à la production des identités et de l’histoire (Mermier, 1999 ; Lambert, 2008 ; Honvault, 2008) et des reformulations concurrentes de l’imaginaire national lors d’épisodes de crise, de conflit ou de guerre (Grabundzija, 2015 ; Shehabi, Jones, 2015). Sans être exhaustifs dans ces exemples et approches, on invite donc les auteurs à examiner les conditions dans lesquelles s’opère la formation de subjectivités nationales distinctes et variables (Vitalis, 2006 ; Chevalier, Martignon, Schiettecatte, 2008).

On adoptera une démarche qui privilégiera l’observation « par le bas » (Bayart, Mbembe, Toulabor, 2008) de micro évènements (Ginzburg, 1980) et d’ « objets politiques non identifiés » (Martin, 2002). Il s’agira de repenser l’étude du nationalisme au travers d’objets de recherche originaux au sens où ils permettent d’appréhender les rapports que les individus entretiennent avec la nation comme institution “« imaginée » et matérialisée. En proposant de nouveaux récits voire counter-narratives (al-Rasheed, Vitalis, 2004), les travaux réunis dans ce dossier participeront ainsi à lever « l’illusion identitaire » (Bayart, 1996) et interroger la fabrique de la « tradition » (Hobsbawm, Ranger, 1963).

Ce numéro s’adresse ainsi aux historiens, anthropologues, sociologues, linguistes, économistes, géographes et politistes, et s’ouvre particulièrement aux approches privilégiant des objets peu explorés au sein de ces disciplines. Les contributions s’appuyant sur un matériau empirique riche seront particulièrement appréciées (iconographie, archives, ethnographie, etc.).

Les propositions d’article, en anglais ou en français, doivent être envoyées avant le 15 septembre 2016 aux coordinatrices Anahi Alviso-Marino (anahialvisomar@gmail.com) et Marine Poirier (poiriermarine@gmail.com) ainsi qu’à Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

D’une longueur de une à deux pages, les propositions devront inclure :

  • le titre de l’article,
  • une présentation du matériau empirique et des méthodes mobilisées,
  • toutes les données nécessaires à l’identification de l’auteur : nom, affiliation institutionnelle, adresse professionnelle, téléphone et e-mail.

Après acceptation, notifiée aux auteurs courant septembre, la date limite de soumission des articles est fixée au 15 janvier 2017.

Il est demandé aux auteurs de respecter les normes de publication de Arabian Humanities. Elles sont exposées dans la note aux contributeurs, disponibles sur http://cy.revues.org/1416 ou bien en contactant la secrétaire de rédaction Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Guest Editors :

Anahi Alviso-Marino (CESSP/CRAPUL) and Marine Poirier (IREMAM/Sciences Po Aix)

Rather than question the notion of identity, this issue aims to problematize and conceptualize the “elusive” notion of identification (Martin, 1994). In line with the work of Rogers Brubaker and Frederick Cooper, our purpose is to consider the cultural artifact that is nationalism (Anderson, 1983) by examining the social ties, affinities and senses of belonging that underlie inclusion in a group or a community (Brubaker, Cooper, 2000 : 19-21). As such, particular attention will be paid to intersections between categorical commonality (shared attributes) and relational connectedness (ties to other people) by observing how social ties affect what it means and how one identifies with a group (Tilly, 1978).

Through a close observation of how official and non-official nationalisms are constructed, social actors will also be examined, namely those who find themselves between developing — more or less consciously — the “cultural products of nationalism” inspired by patriotic ideas, and those who participate in the production of “official artifacts” or official nationalist products directly commissioned by the state (Anderson, 1983). As these forms of politicization are not always voluntary or conscious, proposals will strive, drawing from Lisa Wedeen’s work, to question the dynamics at play in the production of “national subjects”. To what extent do these nationalistic discourses contribute to shaping individuals who “enact (self-consciously or unconsciously, fervently or mildly) their roles as citizens, patriots, or simply members of a nation-state” (Wedeen, 2008 : 64) ? Such discourses, together with the social agents who produce them and the different media through which they are communicated and shared, are especially relevant as they express “idioms of national, affective connection” (Wedeen, 2008 : 23). To this end, selected proposals should address the issue of nationalism through the study of objects, actors, practices and discourses that produce a diversity of means of identifying with the nation (either orthodox or heterodox, mainstream or marginal).

Although nationalism was not the principal object of study, a number of works dealing with the Arabian Peninsula have already touched on these questions while studying politics “elsewhere” or “otherwise”. Such works deal with theatre actors (Hennessey, 2014), musicians (Sebiane, 2007), visual artists (Alviso-Marino, 2015), joyriders (Menoret, 2014) or “everyday” citizens (Wedeen, 2008), and question — more or less consciously — the ambivalence of their relation to politics. This perspective provides an opportunity to explore for example the variety of senses of belonging to a group or to a national imaginary by focusing on the process of state building (Valeri, 2013) or, more largely, on the formation of political communities (Beaugrand, 2007 ; Louër, 2014) and how they manifest in the urban space (Beaugrand, Le Renard, Stadnicki, 2013 ; Al-Nakib, 2016 ; Fuccaro, 2009 ; Kanna, 2011), in sociabilities and in modes of consumption (Assaf, 2013 ; Le Renard, 2014), even in labor relations (Planel, 2008). Thus, a particular emphasis will also be placed on questioning transnational circulations and hybrid identities as well as the constraints and borders that restrict human, economic and social mobilities in the Arabian Peninsula (Bonnefoy, 2011 ; Gruntz, 2012 ; Moghadam, 2013). Articles in this issue could also address the stakes linked to the production of identities and historical narratives (Mermier, 1999 ; Lambert, 2008 ; Honvault, 2008), or competing interpretations of the nation in times of political crises, conflicts or wars (Grabundzija, 2015 ; Shehabi, Jones, 2015). While these examples and approaches are not exhaustive, authors are encouraged in general to explore the conditions that influence the formation of distinct and changing national subjectivities (Vitalis, 2006 ; Chevalier, Martignon, Schiettecatte, 2008).
We favor an approach based on the “bottom up” observation (Bayart, Mbembe, Toulabor, 2008) of “micro events” (Ginzburg, 1980) and of “unidentified political objects” (Martin, 2002). This means rethinking nationalism through research objects and subjects that are novel in the way they allow an understanding of the relations individual subjects maintain with the nation as an “imagined” and materialized institution. By proposing new narratives or even counter-narratives (al-Rasheed, Vitalis, 2004), the papers gathered in this issue will thus contribute to uncovering “the illusion of cultural identity” (Bayart, 1996) and questioning the “invention of tradition” (Hobsbawm, Ranger, 1963).

This special issue is addressed to historians, anthropologists, sociologists, linguists, economists, geographers and political scientists, and is particularly open to approaches that focus on unexplored subjects within these disciplines. Contributions based on compelling empirical material would be greatly appreciated (iconography, archives, ethnography, etc.).

Article proposals, in English or French, should be sent before September 15, 2016 to the guest editors of this issue Anahi Alviso-Marino (anahialvisomar@gmail.com) and Marine Poirier (poiriermarine@gmail.com) as well as to Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Proposals should be one to two pages in length and should include :

  • the title of the article,
  • a short presentation of the empirical material and the methods used,
  • all the necessary information identifying the author : name, institutional affiliation, institutional address, telephone and e-mail.

Following the acceptance of the proposal, authors will be notified during the month of September, the deadline for submission of papers (max 9,000 words) is January 15, 2017. Authors are kindly asked to conform to the official guidelines of Arabian Humanities, available at http://cy.revues.org/2010 or from the Editorial Secretary, Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Bibliographie
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