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Rémy Audouin in memoriam (1935 - 2016)

publié le , mis à jour le

Rémy Audouin in memoriam (1935 - 2016)

Les études yéménites sont en deuil. L’archéologue Rémy Audouin, qui a consacré une grande partie de sa vie à la redécouverte du passé yéménite, est décédé lundi 5 septembre à Nice.

Il a commencé sa carrière d’archéologue en Afghanistan, avec Paul Bernard, à Aï Khanoum, puis est allé au Yémen à la demande de Jacqueline Pirenne, à la fin de l’année 1974, lors de l’ouverture du chantier de Shabwa (alors dans la République populaire et démocratique du Yémen, le Sud-Yémen). Depuis lors, pendant près de 35 ans, Rémy Audouin s’est consacré au Yémen.

Sa première visite dans la République Arabe du Yémen, le Yémen du Nord, remonte à 1976, lorsqu’il accompagna Christian Robin à Riyâm dans le Arḥab, au nord de Sanaa, pour une prospection du site et de ses environs. En 1978, lors de la création de la Mission archéologique en République arabe du Yémen, Rémy Audouin en devint naturellement l’un des membres permanents.

En 1981, Philippe Guillemin, en charge de l’archéologie au Ministère des Affaires étrangères, demanda à Christian Robin un rapport sur l’archéologie française au Yémen, qui se concluait par le projet d’une base permanente pour les chercheurs français. L’année suivante, Rémy Audouin était recruté par le ministère pour créer cette base, le Centre Français d’Études Yéménites devenu par la suite le Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales (CEFAS). Placé sous la direction de Christian Robin, Rémy Audouin y fut durant 5 ans le secrétaire général. C’est lui qui choisit la maison ʿAjamî, rue du 26 septembre, à côté des bureaux du Premier ministre yéménite, cette belle maison ancienne que tous les chercheurs travaillant au Yémen, ont connue et aimée. C’est lui qui l’a restaurée avec les techniques traditionnelles. À partir de 1983, le bâtiment pouvait accueillir les missions archéologiques, les équipes de linguistes, les anthropologues, tant français qu’étrangers ; les premiers visiteurs étrangers furent les missions italiennes d’Alessandro de Maigret et d’Alessandra Avanzini.

Au Yémen, Rémy Audouin a participé à presque toutes les fouilles et prospections françaises au dans le Yémen du sud et dans le Yémen du Nord, puis dans le Yémen réunifié après 1989. Il a dirigé un programme de l’Unesco dans le Jawf, en collaboration avec Mounir Arbach et Jérémie Schiettecatte, dans les années 2000. À cette époque il a passé de très longues périodes dans le pays. Ses qualifications étaient multiples. Sur le terrain, il se singularisait par une très bonne perception des vestiges, une compréhension immédiate des sites. Son sens pratique était bien supérieur à celui de ses chefs de mission qui lui déléguaient volontiers l’organisation des campagnes. Attentif aux autres, il nouait rapidement des rapports de confiance avec les interlocuteurs yéménites, ce qui facilitait grandement le travail de terrain dans un milieu tribal effervescent. On lui doit la réussite de nombreuses opérations difficiles, telles que l’installation d’une couverture sur la mosquée de Ẓafār dhī Bīn, les explorations du wadi Markha, les derniers travaux menés dans le Jawf.

Rémy Audouin s’est aussi longuement consacré à l’Éthiopie et rappelons qu’il était consultant auprès de l’UNESCO.

Outre l’archéologie, il a toujours porté un grand intérêt à l’art en général, à l’art contemporain en particulier qu’il a promu au travers d’une galerie dans les années 1960. Nourrie par ses années d’études à l’Ecole du Louvre, et sa très grande culture, sa passion l’a porté tout naturellement aussi vers l’art sudarabique.

Excellent photographe il a constitué de riches archives photographiques, de grande valeur aujourd’hui, tant sur le plan esthétique que scientifique.

Tous les amis du CEFAS garderont en mémoire sa très grande énergie, son enthousiasme et sa gaité sur le terrain, son efficacité et sa bonne humeur dans les moments les plus difficiles de nos missions parfois très aventureuses. Sans maîtriser parfaitement la langue arabe, il savait communiquer avec quelques mots, des gestes, des regards, qui se terminaient souvent en éclats de rire, qui impressionnaient et forçaient à l’entente et à l’amitié. Il savait avec un simple ballon extrait de son sac de voyage conquérir tous les enfants d’un village, étape d’un soir, où la journée d’exploration se terminait dans des parties joyeuses.

Il laisse un grand vide et beaucoup de regrets. L’annonce de son décès a couru sur les réseaux sociaux yéménites, où tous étaient conscients d’avoir perdu un grand ami du Yémen.

Sans Rémy, le CEFAS n’aurait sans doute pas été cette maison si belle et si accueillante, qui a été au coeur de la recherche au Yémen pendant près de 30 ans.

Michel Mouton & Christian Robin

Rémy Audouin au réveil, dans un campement des Banū Nawf, au pied du Jabal al-Lawdh (Jawf du Yémen), 1981.