Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales

Nos tutelles

CNRS


Rechercher



Accueil > Accueil : Français > Informations & Liens > Colloques, rencontres, conférences

Table ronde : Un tricontinentalisme arabe ?
Workshop : An Arab tricontinentalism ?

publié le

Une table ronde aura lieu le mardi 14 Mars 2017 de 15h à 19h15, à l’IISMM
96 Bd Raspail, 75006 Paris, dans la salle de réunion : Un tricontinentalisme arabe ?

A workshop open to the public will be held on Tuesday 14 March, 2017, from 3:00 pm to 7:15 pm, at ISIMM (Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman)
96 Bd Raspail, 75006 Paris, in the Meeting room : An Arab tricontinentalism ?

Organizer and contact for information and registration : guirguis.laure@gmail.com

Al-Hurriya, 23/6/1969

PARTICIPANTS

Maha Abdel Megeed, EUME Postdoctoral Fellow, Forum Transregionale Studien, Berlin

Reem Abou-El-Fadl, Lecturer, Department of Political and International Studies, School of Oriental and African Studies (SOAS), University of London

Nate Georges, PhD Candidate, Department of History, Rice University

Daniela Melfa, Visiting scholar at the IISMM-EHESS and University of Catania

DISCUSSANTS

Hamit Bozarslan, Professor, School for Advanced Studies in Social Sciences

Olivier Grojean, Professor, Paris 1 University, Paris

Caroline Guibet Lafaye, Researcher, CNRS – Centre Maurice Halbwachs

Laure Guirguis, Research Fellow, International Institute of Social History (IIHS), Amsterdam

Pourquoi exhumer l’histoire, ou les histoires, des gauches arabes ? Pourquoi exhumer l’histoire d’une tradition défaite ? Pourquoi aujourd’hui ? C’est à partir de cette défaite même, des questionnements laissés en suspens, que nous souhaitons à nouveau interroger ces courants longtemps négligés par la recherche. Mais à partir de quel présent nous orientons-nous vers eux, à partir de quel problème ? Supposons-nous que le problème sur lequel les gauches ont achoppé se pose encore, aujourd’hui ? Que leur défaite pourrait devenir, est peut-être déjà, notre défaite ?
Et leurs espérances, ont-elles jamais été les nôtres ? Nous, qui avons été jetés dans un monde sans horizon d’attente dans les années 70-80s, ne demeurons-nous pas irréversiblement étrangers à leurs passions ? Pourtant, les Sixties ne cessent d’exercer une sorte de fascination, comme seul fascine le familier au cœur de l’étrange. En ce sens, écrivait Jeremy Varon dans le texte de présentation de la revue The Sixties :

Nostalgia, in its most primitive form, entails the indiscriminate love of a particular past because it is one’s own. This journal springs from a more discerning kind of affection for a past that is not properly our own but with which we nonetheless feel a powerful, if complicated, affinity. Ourselves born between 1964 and 1970, we were too young to have been fully in the thrall of the Sixties, but just old enough to know that we mostly missed something big (Jeremy Varon, Michael S. Foley & John McMillian (2008) « Time is an ocean : the past and future of the Sixties, » The Sixties, 1:1, 1-7).

Le trait marquant de cette période tient au sentiment de faire partie d’une « global community of revolution » (Takriti 2013) qu’éprouvaient la plupart des militants, du Chili à Beyrouth, en passant par Hanoi, Prague, La Havane, Paris, et Le Caire. Mais ce sentiment de communauté ne se développe pas dans le même registre de sens que l’idéal socialiste internationaliste. Et l’un comme l’autre se nourrissent du désir, comme des stratégies, d’émancipation nationale. C’est peut-être cette articulation unique, historiquement, de l’universel et du spécifique qui confère aux espérances et aux mouvements révolutionnaires de gauche des Sixties leur caractère singulier, et qui contient déjà les contradictions qui vont les miner.
Nous proposons de resituer les gauches arabes des « long Sixties » dans une histoire mondiale des gauches et des espérances révolutionnaires à cette période. Nous explorerons en particulier les multiples tensions et convergences entre l’universel et le spécifique qui travaillent différents mouvements : le PCT (Daniela Melfa) et le mouvement étudiant égyptien des années 1972-1973 (Reem Abou ElFadl) ; et ce, précisément au moment où le discours particulariste gagne aussi en puissance, le plus souvent sous couvert d’universalisme ou, du moins, en étant ancré dans des réseaux et un univers de sens également transnationaux, comme c’est le cas de la droite contre-révolutionnaire libanaise dont Charles Malik fut l’un des idéologues (Nate George).
Les gauches arabes, et les gauches en général, n’ont pas su réaliser de projet social et politique alliant pluralité conflictuelle des singularités —nationales ou individuelles— et idéaux transnationaux, voire universels. Mais les questions qu’elles ont posé restent-elles actuelles ? Ou ont-elles échoué jusque dans la formulation des questions ? En procédant à une relecture de plusieurs textes du philosophe marxiste libanais Mahdi ‘Amel, Maha Abdel Megeed montrera comment ‘Amel propose de sortir du « cul de sac » formé par la dichotomie universel-occidental/spécifique-périphérique.

PROGRAMME

15h Laure Guirguis : Introduction

15h15 Daniela Melfa (Université de Catane) : « Nous sommes des révolutionnaires responsables… ». L’utopie communiste dans la Tunisie de l’après-indépendance

L’après-indépendance dans les pays du Maghreb fut un moment d’effervescence collective et de projection constructive vers l’avenir. Les défis prioritaires pour les élites politiques au pouvoir étaient d’ordre national mais la solidarité panarabe restait un pilier des nouveaux états-nations. Un universalisme aux contours décidemment plus larges animait par contre les militants communistes du Maghreb qui levaient inlassablement leurs voix contre l’impérialisme occidental. Leur activisme s’inscrivait dans un réseau transnational, dont les pôles principaux étaient l’ancienne métropole et l’Union Soviétique, et la solidarité internationale devint un atout lors des répressions dans leur pays.
Le soutien à tous les fronts de lutte contre l’exploitation de l’homme marqua aussi la trajectoire du Parti communiste tunisien, un groupe composé essentiellement par une élite urbaine francophone. Cet esprit révolutionnaire au-delà des frontières s’estompa pourtant quelque peu dans le cadre national où les dirigeants optèrent pour une stratégie pragmatique en évoquant le sens de responsabilité. A l’intérieur, l’idéalisme communiste prit une tournure réformiste imprégnée de culture démocratique et constitutionnelle, comme le montre le passionnant débat autour de la Constitution de 1959. Il s’ensuivit que les communistes soutinrent le projet modernisateur de Bourguiba et, même si d’une manière « critique », le socialisme destourien des années soixante.
La communication vise à apporter un éclairage sur le positionnement du PCT dans l’espace international et national. L’adhésion aux principes universels et aux schémas interprétatifs marxistes se conjuguait avec la recherche d’une voie endogène au communisme, loin de tout sectarisme et isolement idéaliste. A travers une analyse des discours politiques et de la presse de l’époque ainsi que des sources orales, nous observerons l’interaction entre imaginaire universaliste et conscience nationaliste des communistes tunisiens. Dans le sillage de l’Eurocommunisme, l’élan utopique de cette avant-garde resta vivant tout en s’adaptant à la réalité locale.

15h45 Reem Abou-El-Fadl (SOAS, University of London) : Egypt’s 1972-3 Student Movement : Resistance and Solidarity on the Road to Camp David

Although the 1979 Israeli-Egyptian peace has remained ‘cold’, episodes of popular resistance to it – specifically those organised within an anticolonial left-nationalist tradition – remain little known. This paper investigates the 1972-3 student uprisings, which protested president Anwar Sadat’s postponement of the liberation war with Israel planned since the 1967 defeat. Demonstrations were organised at Cairo University by the Partisans of the Palestinian Revolution student group, escalating into sit-ins, with an elected High Committee. The movement attracted such wide support that Sadat ordered a police crackdown. The students had exposed the regime’s departure from a wide consensus regarding liberating occupied Arab land.
Drawing on the concept of ‘embedded solidarities’ through practices, I ask whether the student protests on Israel/Palestine were articulated in terms of the (Arab) national and/or the international, and investigate their reception beyond the campuses. To do so, I examine archival sources from the leftwing Tagammu party, official press, court proceedings against the students, memoirs, and interviews.
The significance of this case is twofold : first, at critical points, non-state actors’ agency influenced the course of events, as a series of concessions that unfolded in 1972-3 show. This breaks the historiographical focus on high politics in the Arab-Israeli conflict, and on Islamists as the primary non-state actors. Secondly, given the leading role of pro-Palestine Egyptian student activists, it offers a case study of Arab-Arab engagement that helps theorise the question of solidarity between liberation movements during decolonisation.

16h15-16h45 Pause Café

16h45 Maha Abdel Megeed (EUME Postdoctoral Fellow, Forum Transregionale Studien, Berlin) : Mahdi ’Amel and the Urgent Labour of Abstraction

This paper stages a critical ‘return’ to the intellectual project of Mahdi ‘Amel (1936-1987), the notable Lebanese Marxist. It focuses on his contribution towards thinking the relationship between the inhabited local social realities of global capitalism and the categories of knowledge production deployed to see and intervene in social reality. Samer Frangie argues that this concern in ‘Amel is twofold. On the one hand, it is a continuation of the central Marxist preoccupation with the relationship between praxis and theory. On the other, it addresses a problematic which is ‘more peculiar to the context of the periphery and refers to the interplay between the universal and the specific, or more prosaically to the relationship between the West and the Arab World’ (Frangie, 2012). The issue, for ‘Amel, was at the heart of undoing developmentalist readings, which place the contemporary Arab world (and the periphery more generally) in a past yet to undergo capitalist transformations (Chakrabarty, 2000). As such, the ability to see the specific modes of capitalist production in the Arab world (and the periphery) are indispensable for a political action capable of intervening in a specific local reality coeval with capitalism on a world scale.
Put differently, the elucidation of the theoretical relationship between the universal and the particular is a condition for a political action capable of manoeuvring right-winged tendencies and readings of the modern capitalist world. The urgency of such a project is renewed at a time of global discontent, emerging (local) social movements, and the simultaneous need for weaving structural and organizational links between these movements and for seeing them as already linked. That is to say this paper does not posit the ‘return’ to ‘Amel’s contribution solely as a specific case study of Leftist thought in the 1960s-1970s. Rather, the ‘return’ aims at intervening in the contemporary cul-de-sac in approaching the question of the universal and the particular (for an overview see the recent Chibber vs. Chakrabarty, Chatterjee, and Spivak debate, 2013&2014).
The latter intervention hinges on radicalising ‘Amel’s insights by suspending the supposed facile collapse between the universal and the ‘West’ on the one side, and the particular and the ‘periphery’ on the other (see Frangie’s quote above). Instead, ‘Amel’s oeuvre offers a succinct engagement with structuralist Marxism by way of thinking the structural rhythms of social struggle within capitalism. While the focus in reading ‘Amel’s contribution is often on his attempt to adapt Marxism to Arab social formation by teasing out the ‘structural distinction of the universal’ (Frangie, 468), I point to the simultaneous movement in the opposite direction. In other words, I look at the way his move opens up the abstraction of the universal itself beyond a limited geographical demarcation, allowing for the participation of actually existing capitalism on a global level. In this manner it paves the way for weaving the ‘fragments’ of a potential alternative to capitalism (Amin, 1989).

17h15 Nate George (Department of History, Rice University) : God, Man, Freedom and the Third World War in Lebanon

It is impossible to understand what fueled Lebanon’s prolonged “furies” without examining how the combatants understood themselves, and the world they struggled to secure a position within. Through the vantage point of Lebanon, this presentation looks at the other, far less examined—but no less essential—side of the global revolutionary 1960s and 70s : the networks of counterrevolution that took root in every site of struggle. Like many revolutionary parties, counterrevolutionaries in Lebanon developed organizations and ideologies that were autonomous from, yet connected to outside sources.
Based on research in Lebanese right-wing publications from the civil war era, the private papers of Bashir Gemayel and Charles Malik, as well as the US National Archives, I analyze the material and ideological factors that enabled significant areas of Lebanon to become strongholds for groups like the Phalange, the Guardians of the Cedars, the Army of Free Lebanon, the National Liberal Party, and later, the Lebanese Forces. Such parties constituted an important part of a global wave of forces terrorized by the specter of “majority rule” in the era of decolonization. This original “Lebanese Resistance” actively sought to preserve an order they saw as besieged by challenges to their notions of sect, nation, class, race, and gender. Empowered by alliances with Israel, Syria, the United States, and others, this “Front for Freedom and Man” was able to impose successive defeats on shifting coalitions of Arab revolutionaries.
Though they, too, came up short when measured against their aspirations, we can only understand the longevity and strength of these organizations by making sense of their entanglements on the local, regional, and national scales—and their often-conflicting imperatives. And we can only understand the failure —or defeat ? — of the tricontinentalist project in the Arab world once scholars come to a fuller understanding of the forces that stood in its way. Using what Chris Marker called the “Third World War” as a conceptual framework, I therefore urge a rethinking of the Cold War as an international civil war connecting actors in numerous states, and often driven by events in the “periphery.”

17h45 – 19h15 Discussion

Voir en ligne : https://www.facebook.com/events/132...