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BILLET. The HUB Gallery à Koweït City et Sinan Hussein (« Snap Chat », décembre 2017)

publié le , mis à jour le

par Hajer Abid, Master Moyen-Orient UNIGE (université de Genève), stagiaire au CEFAS d’avril à juillet 2018

Koweït City s’est développée depuis quelques années à une vitesse souvent considérée comme déroutante autant par sa population que par ses visiteurs. De nouveaux buildings se sont élevés, d’autres sont en construction, des centres commerciaux ont poussé, qui sont devenus des lieux de vie et de sociabilité incontournables. À première vue, ces élévations paraissent être autant de signes d’une course à la modernité dans laquelle le Koweït s’est enfin engagée après les années d’hésitation qui ont suivi l’invasion irakienne d’août 1990, vécue comme un traumatisme par sa population, et sa libération moins d’un an plus tard . La modernité est un objectif mais aussi un moyen. Un défi, aussi : il s’agit de s’arrimer aux dynamiques qui transforment aujourd’hui le monde sans pour autant rompre avec un passé appréhendé comme constitutif d’une identité culturelle à préserver.

Rien d’étonnant, dès lors, que la culture soit favorisée par les autorités. Les musées se fraient une place sur la scène artistique qui promeut les artistes locaux et internationaux. Artistes d’ici et d’ailleurs sont accueillis lors de concerts dans des institutions comme le Centre culturel Cheikh Jaber al-Ahmed ou Dâr al-Âthâr al-Islâmiyya. Le musée national (voir : https://kuwaitnationalmuseum.weebly.com/the-history-of-the-museum.html), bâti par l’architecte français Michel Écochard et qui est en cours de rénovation, présente l’héritage culturel et historique du Koweït. Il ancre l’histoire du pays dans le passé le plus lointain. Ainsi, des découvertes archéologiques majeures y sont exposées, en particulier celles qui ont été réalisées sur le site de Failaka, où de nombreuses missions travaillent toujours, en particulier une mission franco-koweïtienne (https://mafkf.hypotheses.org/occupations-humaines-de-lile-et-historique-des-fouilles). Quant aux galeries ethnographiques, elles visent à permettre aux visiteurs de connaître le mode de vie koweïtien. Par exemple, une dîwâniyya y est reconstituée.

Des espaces dédiés à l’art contemporain sont tout aussi intéressants à visiter, telle que The Hub Gallery. Il s’agit d’un lieu mis à disposition des artistes locaux désireux d’exposer leurs œuvres. C’est aussi un lieu d’échanges et, dans une certaine mesure, de mixité sociale. Les artistes disposent ainsi d’un espace où ils peuvent présenter et faire découvrir leur travail tout en échangeant avec un public friand de créations artistiques.

« The HUB »

The Hub Gallery est situé au coeur de Koweït city sur l’Arabian Gulf Street

<https://goo.gl/maps/eLn3kwDNgv52> .

Cette galerie a pu voir le jour en 2004 dans le cadre de l’inauguration de la OTB Creative concepts, grâce aux efforts d’un entrepreneur koweïtien, Mohammed AL Otaïbi, et d’un homme d’affaires originaire du Bahreïn, Ebrahim Al Qassab. Ils ont joint leurs compétences pour permettre à ce lieu culturel d’ouvrir et ainsi répondre à une demande de la population régionale.

A priori, toutes les formes d’expression artistique sont les bienvenues à The Hub Gallery. Performances de tout genre novatrices et expositions plus classiques de tableaux peuvent y être appréciées. En outre, on ne se contente pas d’exposer des œuvres et de présenter des performances. En effet, la galerie comprend trois espaces distincts : le premier est l’espace d’exposition, le second est un café et une librairie dont le sol et le plafond sont ornés de magnifiques carrelages aux motifs géométriques et colorés. Un espace de lecture et de travail est aussi mis à disposition de tous ceux qui souhaiteraient lire et se délasser le temps d’un café.

Espace d’exposition de la Hub Gallery (Cliché Hajer ABID, juin 2018).

Sinan Hussein

Du 12 au 28 décembre 2017, The Hub Gallery a accueilli Sinan Hussein. D’origine irakienne, cet artiste a quitté l’Irak, où il lui était devenu difficile de vivre, en 2004. Il vit aujourd’hui aux Etats-Unis d’où il continue d’enrichir son œuvre et à exposer à travers le monde.
L’exposition de la Hub Gallery s’intitulait « Snap chat », en référence à l’application téléphonique qui permet aux utilisateurs d’envoyer de petites vidéos ou photos éphémères - elles disparaissent après que le destinataire les a visionnées.

Cartons d’invitation au vernissage de l’exposition « Snap Chat ».

De nombreuses œuvres ont été exposées, telles celles ici reproduites

Source : http://diariodeunsidecar.blogspot.com/2018/01/sinan-hussein-en-hub-art-gallery.html.

Les œuvres présentées sont des peintures sur toile dont la plus petite mesure 60 sur 80 cm, la plus grande 150 sur 190 cm. Elles témoignent de la richesse de l’univers artistique de l’artiste. Les références religieuses sont assez nombreuses, de la Cène, à la nativité, en passant par le martyr et le sacrifice. Sinan Hussein s’approprie de telles thématiques, les travaille et les adapte afin de s’en servir comme outils de critique de nos sociétés.
C’est le cas, par exemple, de l’œuvre représentée ci-après, intitulée « The last supper » :

Sinan Hussein, The last supper.

Sinan Hussein figure quatre hommes au regard vide attablés sous un ciel vague qui vacille entre les nuages et le bleu. Sur la table, on trouve des têtes de porcs, dont l’une est affublée du même regard stérile que les personnages. Réalisée en 2017, cette oeuvre me paraît être la plus emblématique du travail de Sinan Hussein, car ici il propose une relecture de la célèbre fresque de Léonard de Vinci « La Cène », qui relate le passage biblique dans lequel Jésus Christ partage son dernier repas avec ses apôtres pour fêter la Paque et instaurer l’Eucharistie. C’est un évènement fondateur du christianisme. Cette toile suscite la curiosité par le choix de son traitement. La composition pyramidale de l’œuvre suggère un élément religieux car tripartite comme la trinité chrétienne. Cette composition était de coutume, dans les œuvres du Moyen Âge tardif occidental, pour les sujets religieux. On y représentait aussi couramment Dieu sous la forme d’une colombe ou d’un rayon de lumière. Ici, nous retrouvons la divinité sous la forme de volailles à moitié humaines, qui ont le même regard que les personnages en-dessous et la même bouche béante.

Pour en savoir plus :

-  Sur The Hub Gallery : http://www.thehubkuwait.com/
-  Sur Sinan Hussein : https://www.saatchiart.com/Sinan & http://www.markhachem.com/SINAN-HUSSEIN.html